500 000 demandeurs d’emploi handicapés : « Je n’ai pas fait des études pour mettre des boulons dans des boîtes. »

CaptureMercredi 26 avril 2017

Lu pour vous faire face 30 mars 2017

 

PRÉSIDENTIELLE 2017. Bien que titulaire d’un BTS compta-gestion, Loïc Brissaud ne trouve pas d’emploi en milieu ordinaire. Mais il ne se résigne pas à s’orienter vers le milieu protégé. Sous le quinquennat Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi a quasiment augmenté de moitié.

Loïc Brissaud a pourtant mis toutes les chances de son côté. Il a suivi des études supérieures en alternance, obtenu un BTS comptabilité-gestion, envoyé plus de 200 CV… En vain : ce Lyonnais de 30 ans, infirme moteur cérébral, est au chômage. Comme plus de 486 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap, en septembre 2016 (derniers chiffres disponibles). Un record.

8,4 % des demandeurs d’emploi sont handicapés

Sous le quinquennat de François Hollande, leur nombre a augmenté de 46 %. Soit presque deux fois plus vite que celui de l’ensemble des demandeurs d’emploi. Résultat : les personnes en situation de handicap représentent 8,4 % des inscrits à Pôle emploi contre 7,2 %, cinq ans plus tôt.

L’âge élevé et le faible niveau d’études n’expliquent pas tout

Certes, ces demandeurs d’emploi handicapés sont plus âgés : environ la moitié (47 %) ont au moins 50 ans, deux fois plus que dans l’ensemble des demandeurs d’emploi. Ils sont également moins diplômés : un quart (26 %) ont un niveau de formation inférieur au CAP, contre 17 %.

Mais ce double frein à l’embauche ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Sinon Loïc Brissaud, jeune et diplômé, aurait trouvé un emploi depuis longtemps… En cause, également : les clichés sur les travailleurs handicapés, le manque d’effectifs des organismes de placement spécialisés Cap emploi, l’inadéquation entre l’offre et la demande, etc.

Trop lent pour travailler en milieu ordinaire

« Ce qui bloque, c’est mon problème d’élocution et ma lenteur au niveau de la frappe sur ordinateur », avance-t-il. Sa conseillère Cap emploi lui suggère d’aller vers le secteur protégé ou adapté. Une perspective qui ne l’enchante guère et à laquelle il ne s’est pas résolu jusqu’à présent : « Je me vois mal, avec un BTS, faire du travail à la chaîne. Je n’ai pas fait des études pour mettre des boulons dans des boîtes. »

Lien vidéo : https://youtu.be/_PbpLHNLuNs?t=34

Pas assez d’aides au poste pour les entreprises adaptées

Certes, les entreprises adaptées offrent des perspectives plus intéressantes que Loïc Brissaud l’imagine. Mais les opportunités restent limitées : elles emploient seulement 26 000 salariés handicapés.

De plus, le nombre d’aides au poste, dont elles ont besoin pour compenser la moindre productivité de leurs travailleurs handicapés et donc embaucher, a faiblement augmenté depuis 2012. En cinq ans, le ministère des Finances ne leur en a alloué que 3 000 supplémentaires.

Agefiph et FIPHFP, un modèle en crise

Plus généralement, le quinquennat de François Hollande aura été marqué par l’absence de politique d’emploi en faveur des travailleurs handicapés. Alors que le nombre de demandeurs d’emploi a explosé, aucun plan d’action spécifique n’a été lancé.

Ses gouvernements n’ont rien entrepris, en outre, pour réformer le mode de financement des Fonds pour l’insertion des personnes handicapées – l’Agefiph pour le privé et le FIPHFP pour le public. Pourtant, ce modèle s’avère à bout de souffle. Le gouvernement a même accentué leurs difficultés en ponctionnant de l’argent dans leurs réserves.

1 500 personnes dans le dispositif emploi accompagné

Maigre consolation, la loi El Khomri sur le travail a donné un cadre légal à l’emploi accompagné. Ce dispositif permet aux travailleurs ayant besoin d’être accompagnés pour trouver et conserver un emploi en milieu ordinaire de bénéficier d’un suivi médico-social au long cours. En 2017, 1 500 personnes devraient en bénéficier, selon le ministère des Affaires sociales.

Mais pas Loïc Brissaud, qui regrette d’être aussi mal récompensé de ses efforts. « Il ne faut pas motiver les gens à faire des études s’il n’y a rien derrière. » Franck Seuret

 

 

À propos de Christophe ROTH

Délégué National Santé au Travail et Handicap Confédération CFE CGC
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